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Enchaînement Pilier Rouge du Brouillard

Première dose

Le ratio grimpe/marche y est déplorable, c’est ce qui nous a poussés, avec Benj, à essayer d’inverser la tendance, ou du moins à retrouver une proportion plus convenable.

Tant qu’à monter là-haut, autant y mettre un bon coup, et donc faire plusieurs voies.

Malgré cela, le verdict est pourtant sans appel, ça fait toujours beaucoup de marche…

L’approche, effectuée dans l’obscurité de la nuit, nous plonge dans une agréable torpeur et passe comme un vaccin dans le bras… (Petite douleur en se demandant s’il y aura des effets secondaires).

Aux prémices du jour, dans un froid mordant, je m’élance plein d’arrogance, en chaussures dans la première longueur en 6a de la voie « Gabarrou-Long ».

À peine quelques mètres parcourus que je me fais saisir brutalement à la carotide par un petit dévers, qui me renvoie directement dans les cordes…

Je retourne y mettre un essai, avec la même finalité que la première tentative !

Changement radical de stratégie pour le troisième essai, ma main bien agrippée à un très bon friend me permet de passer facilement ce petit dévers.

La journée ne démarre pas vraiment sur les chapeaux de roue…

Cette première longueur me sert de leçon, et malgré une onglée généralisée à mes quatre extrémités, je me force à enfiler les chaussons pour la suite.

Celle-ci est délectable, logique, sur un rocher parfait !

On se pointe au sommet du pilier rouge un peu plus de 3 heures après ma chute dans la première longueur.

Retour en rappel au pied du pilastre sur le glacier pour une pause pic-nic et recharge d’eau grâce au réchaud.

La répartition des longueurs en tête est simple, ce sera chacun sa voie ! Si la « Gabarrou-Long » était pour moi, c’est donc au tour de Benjamin de nous guider dans « Les Anneaux Magiques », avant de nous laisser à nouveau glisser à la base de ce mur rouge. Et c’est logiquement à mon tour de grimper devant dans la « Bonatti-Oggioni ».

Nous voilà donc de retour au sommet du pilier mais fini de tourner en rond, nos regards se tournent cette fois-ci vers le haut.

Deuxième dose et pêche au Gros !

Si l’approche s’apparentait à une première dose, ces trois voies peuvent bien faire office de deuxième injection. Alors, toujours pas d’effets secondaires…?

Dans notre technique de grimpe en réversible, c’est tout naturellement que l’arête du Brouillard jusqu’au toit de l’Europe (occidentale) revient à Benjamin!

Arête dorsale sur laquelle mon acclimatation des dernières semaines, sur falaise calcaire d’altitude médiocre, va prendre tout son non-sens…

Mais très rapidement je n’ai plus le temps de m’apitoyer sur mon sort, Benjamin s’est mis à gambader.

Il mène d’une main (si ce n’est d’une cuisse) de maître cette partie, qui s’apparentera davantage à du remorquage de baleine échouée qu’à de l’alpinisme !

Pour clarifier l’image, Benjamin joue le rôle de chalutier, et moi je suis le cétacé géant en question.. (Je crois que les effets secondaires des deux premières doses de la journée commencent à se faire sentir !)

Heureusement, nous croisons sur notre route des photographes animaliers, plaidant pour la défense des pachidermes des mers, qui m’offrent une petite pause salvatrice !

Pica, Helias, et Yannick sont là pour faire un film sur les frères Hubert qui sortent du pilier Bonington. Ils discuteront 15 minutes avec Benjamin le temps que j’essaye de reprendre mes esprits.

Mais les défenseurs des animaux n’y pourront rien, le chalutier finira par reprendre sa triste besogne jusqu’à nous déposer au sommet de la Bosse, à l’heure où la montagne se revêt d’or.

Pour la descente, la baleine retrouve sa liberté et se laisse glisser main dans la main avec le chalutier vers le port du « Goûter ».

PS: la première longueur de cette journée sera pour nous deux la seule non enchaînée. On espère revenir très vite pour tenter l’enchaînement ! (La première à vue reste à faire)….

Cpl Billon